Moins d'un an après la création, en juin 1854, de la capitale calédonienne, alors dénommée PORT de FRANCE, l'un des premiers services organisés est, aux termes d'un arrêté du 10 avril 1855, le service judiciaire dont l'organisation est calquée sur celle de Tahiti dont dépend à cette époque la Nouvelle-Calédonie.

Ce n'est qu'à partir de 1860 que le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie se libère de sa tutelle envers Papeete pour acquérir sa propre autonomie administrative.

Un arrêté du 17 octobre 1862 fixe alors l'organisation judiciaire en Nouvelle-Calédonie qui sera ensuite modifiée par de nombreux autres arrêtés.

Le premier Palais de Justice

C'est en 1862 qu'est construit à Port de France le premier bâtiment dit "Palais de Justice", situé à l'époque au numéro 4 de la rue Magenta (aujourd'hui rue de la République) à l'angle avec la rue Solférino (aujourd'hui rue du Général Galliéni) derrière la Capitainerie du port.

plan Palais

C'est une construction en bois couverte de tôles qui comprend une grande salle d'audience et quatre autres pièces dont une pour le bureau du président et une autre pour le greffe. L'heure des audiences est fixée à … midi mais, trois ans après, un autre arrêté "considérant que le local affecté au service judiciaire donne, soit par sa disposition, soit par son genre de couverture, tellement prise à la chaleur qu'il est impossible de siéger de midi à trois heures du soir, fixe les heures des audiences à 8 heures".

N'oublions pas qu'à cette époque la topographie de notre capitale est bien loin d'être ce qu'elle est aujourd'hui. A l'emplacement du centre-ville, la mer, la vase, les palétuviers, telle une carie pénétrante, dessinaient l'ancien rivage de Port de France.

Le second Palais de Justice

A une date ignorée, les services judiciaires déménagent pour s'installer dans un bâtiment qui, d'après une lithographie d'époque parue dans "le Monde illustré" vers 1873, se situe à l'angle des rues Magenta (aujourd'hui rue de la République) et Wagram (aujourd'hui avenue Foch).

Toutefois, aucun document officiel ne permet de confirmer que la localisation donnée par la lithographie est exacte.

Monde Illustré

Le Palais de Justice s'élève donc sur un terrain bien en place, au pied d'un des contreforts de la colline dite du Sémaphore.

Sémaphore

Le service judiciaire quitte ce second Palais de Justice en 1877 pour la maison PRACHE. Le bâtiment de l'ancien Palais est abattu pour faire place à une nouvelle construction en forme de U où MM. Loudes et Rousselot ouvrent en 1895 un boite de nuit à l'enseigne "Eden-concert".

Vers 1920, cet îlot de l'ancien Eden-concert devient et restera pendant plus de 20 ans ce que les nouméens appelaient "la Cour des Miracles". Aujourd'hui, qui se souvient qu'à la place de cet immeuble près du Haut Commissariat se trouvait un Palais de Justice ?

Immeuble Haut Commissariat


Le troisième Palais de Justice La Maison PRACHE

Toute la partie du centre-ville qui était occupée par la mer est progressivement remblayée suivant le plan du commandant Coffyn. Les parties gagnées sur la mer sont vendues aux particuliers. Et c'est ainsi que le lot n° 281 situé à l'angle des rues Turbigo (aujourd'hui Verdun) et Wagram (aujourd'hui Foch) est vendu à M. Félix PRACHE en 1875.

Félix PRACHE fait construire sur ce lot une maison de maître en maçonnerie. Dès sa finition, le bâtiment est loué au service judiciaire et c'est le 1er juin 1877 que le nouveau Palais de Justice est inauguré, à la grande satisfaction des nouméens heureux de voir enfin la justice siéger dans un bâtiment digne d'elle.

Centre Commercial Croquis Centre Commercial Photo
en 2002, un petit centre commercial voisin du centre commercial "Le Village"


A la même époque, le procureur de la République prend possession de son logement de fonction situé à l'angle des rues Alma et Vauban, bâtiment connu sous le nom de "hôtel du procureur de la République". C'est un bâtiment à deux niveaux surmonté d'une sorte de petit donjon de style Indochinois.

Hôtel du Procureur de la République

Avec les années, ce bâtiment va subir une double transformation :

- La première se place vers 1939. Le temps et les agents atmosphériques ont fini par avoir raison des vérandas en bois et des persiennes; le béton est venu régler le problème;

Transformation

- la deuxième est dans l'affectation de ce bâtiment administratif qui, en 1957, devient le logement du secrétaire général du territoire alors que le service judiciaire loge le procureur de la République dans une villa située au Mont Coffyn.

Le quatrième Palais de Justice L'Hôtel PRACHE

Alors que toute la partie sud de la ville de Nouméa est encore occupée par la mer, Félix PRACHE se rend acquéreur de lots contigus au 3ème Palais de Justice, rue Wagram (aujourd'hui avenue Foch) et fait ériger un ensemble de constructions consistant en un bâtiment principal à deux niveaux, un bâtiment secondaire et des annexes entourant une grande cour centrale; Félix PRACHE veut en faire un hôtel de grand standing.

Hôtel Prache
A cette époque la mer arrive au pied des bâtiments !

En 1888, le complexe PRACHE est terminé.

Entre-temps l'administration propose au conseil général de voter un crédit de 100.000 F pour l'étude d'un projet et d'un concours pour la construction d'un Palais de Justice sur une des places de Nouméa. Le Conseil Général refuse.

Le service judiciaire, toujours logé dans la première maison PRACHE, estime qu'il ne faut pas laisser passer l'occasion de proposer à Félix PRACHE la location de son nouvel ensemble pour y installer le service judiciaire qui pourrait ainsi regrouper tous ses secteurs sous le même toit.

Aux offres faites par le Gouvernement, Félix PRACHE accepte de louer l'ensemble pour 12.000 F par an.

En septembre 1888, après quelques travaux d'aménagement, le service judiciaire prend possession de son quatrième Palais de Justice.

Les habitants de Nouméa sont particulièrement satisfaits de voir le service judiciaire occuper un des plus récents et un des plus beaux immeubles de la capitale.

Le rez de chaussée du palais est occupé par les services du Juge d'instruction et des services de greffe.

Plan Rez de Chaussée

Les deux cellules, protégées par de forts barreaux, sont encore visibles aujourd'hui.

Cellules

A l'étage se trouvent la salle d'audience, la salle de délibérations ainsi que les bureaux des magistrats.

Plan Premier Etage

Plan Salle d'Audience

Dans la salle d'audience une imposante peinture de Pierre PRUD'ON, intitulée "La justice et la vengeance divine poursuivant le crime", surplombe le public.

Tableau Prud'on

Palais 1947
Le Palais de Justice en 1947


Le cinquième et actuel Palais de Justice La Colline des Oliviers :

En février 1960, le service judiciaire quitte l'immeuble PRACHE après 72 ans d'occupation. Le service occupe ses nouveaux locaux construits sur le sommet d'une colline que l'on appelait "LES OLIVIERS" en raison de cette espèce végétale qui y avait été plantée en 1901 par l'ingénieur agronome Charles ETESSE.

Photo 2002 Vue Mont Coffyn
2002 Vue depuis le Mont Coffyn


En 2005 le palais s'est agrandi avec l'édification d'un nouveau bâtiment qui accueille les services de la Cour d'Appel.

L'ancien Palais de Justice, après des opérations de restauration abrite depuis 1990 un ensemble commercial à l'enseigne "Le Village".

Palais 1960 Le Village
1960 le Palais à l'abandon Aujourd'hui "le Village"


Pour mieux vous situer
1 à 5: les 5 Palais de Justice successifs
P: la maison du Procureur de la République

Plan Cinq Palais